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Chronique à la Paages, Chronique à la plage
4 petits jours au Festival de Cannes : 23-26 Mai

 

Trempette à La Quinzaine des réalisateurs
Avant que j'oublie de Jacques Nolot

Un film courageux, un film qui regarde et donne à voir de manière frontal. Une observation crue, à travers les yeux d'un homme cuit. La vie qui s'accroche, même à une carcasse, même sur le dos de la maladie, au delà de l'amour de soi où de l'autre. Les dialogues sont rageusement écrits et préservent le spectateur de toute morbidité, comme s’ils contenaient et délivraient une pulsion de résistance alors que les corps s'abandonnent à un Eros résiduel, à une obsession fanée. Aucun des personnages ne semble caractérisé pour le film, tous existent se contredisent, se cherchent et veulent se perdre. Ils sont, apparaissent et disparaissent, tout comme le film qui s'ouvre et se ferme au noir, tout comme la vie.

 

 

Trempette Hors compétition
Ocean's 13 de Steven Soderbergh
La leçon de cinéma de Martin Scorcese


Même si l'on sourit, si l'on rit, si les plus énormes « effets » de scénario s'enchaînent pour nous mener en bateau, si les clins d'œil cinéphiles et people se côtoient, si l'on sent Soderbergh et sa troupe se délecter d'être ensemble, et bien on-s'en-nuie !
Mais comme le dit Andy Garcia "I was born ready", et tout de même, Georges Clooney au petit déjeuner c'est pas mal. Mais j'ai trouvé encore mieux… et j'ai passé l'après midi avec Martin Scorsese, le temps d'une leçon de cinéma, aux côtés d'un petit millier de cinéphiles dont Claude Lanzmann, Quentin Tarantino et Samuel L. Jackson. Ensemble nous avons bu ses paroles ! Le débit de Martin Scorsese est intarissable. Tant et si bien que Michel Ciment (Positif) a parfois eu du mal à poser ses questions mais, lorsqu'il y parvenait, alors, Martin Scorsese l'écoutait religieusement. Ce qui frappe, c'est la force de la passion et l'acuité de cet homme que l’on sent traversé et en prise. A aucun moment, il n'a fait de grandes déclarations ou n'a donné l'impression de posséder une certitude sur son art. Il a détaillé sa manière de travailler, de chercher une efficacité et de se laisser le champ libre pour capter l'intrusion de la vie dans le cinéma. Il a davantage cité ses influences (Godard, Truffaut, Rivette, Cassavetes) qu'il ne s'est posé en référence, il y a chez lui une assurance à une humilité mêlée, une rigueur implacable, un désir indomptable. D’ailleurs, selon lui, "Pas besoin de faire une école de cinéma pour devenir réalisateur. Il faut être fou, avoir une nature obsessionnelle" : à bon entendeur… !
Michel Ciment a convoqué quelques images pour incarner ses questions (Extraits de Mean streets, Raging bull, Taxi driver, Age of innocence, Casino, Kundun) et à chaque fois que la lumière se rallumait, un soupir de dépit s'élevait de la salle. C'est dire avec quelle aisance on entre dans un film de Martin Scorsese et comme on voudrait ne pas en sortir. Mise en scène, technique, direction d'acteur, création musicale…, un tour d'horizon complet nous a été offert et en conclusion, la certitude que tout cela continuera, puisque Martin Scorsese vient de créer la World Cinema Foundation. Une nouvelle organisation qui va travailler à la restauration et à la préservation de films oubliés avec l’aide de cinéastes de toute la planète.

 

 

 

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Trempette En compétition officielle
Une vieille maîtresse de Catherine Breillat

Film inégal, que l'on quitte plusieurs fois mais qui nous garde finalement. Malheureusement pas pour les mêmes raisons que celles qui ramènent systématiquement Ryno de Marigny vers sa vieille maîtresse La Vellini (une Malagueña à Paris).
Catherine Breillat dissèque deux cœurs brûlés au fer rouge mais évite précautionneusement d'approcher la flamme. Antithèse absolue de Ne touchez pas à la hache de Jacques Rivette, ce film semble fuir son sujet au bénéfice de l'observation froide d'un mécanisme d'attraction face à un autre mécanisme, celui de la raison.
Ces deux mécanismes sont chacun représenté par une figure féminine. D'un côté, la Furie - incarnée par Asia Argento, est transparente dans sa caricature ; de l'autre l’Innocence, plus complexe et tellement mieux interprétée par Roxanne Mesquida, comédienne que l'on ne voit pas assez aujourd'hui au cinéma à mon goût.
Ce film adapté du roman éponyme de Jules Barbey d’Aurevilly est franchement décevant par delà ses quelques fulgurances et par delà l’extraordinaire beauté de Fu’ad Aït Aattou, ce jeune comédien éblouissant « Faible comme une fille. Lâche et sublime dans la passion. »
Le public cannois a reçu le dernier Breillat par quelques huées timides et une salve d'applaudissements.

 

 

Trempette En courts
Le programme des courts métrages en compétition officielle

Chacun des onze courts métrages avait son intérêt. Un seul français : Résistance aux tremblements d'Olivier Hems semble avoir été très apprécié, sans doute parce qu'il relève le défit de s'attaquer avec acuité et poésie à un sujet social. Le ton du film est sec et tendre à la fois, le temps dilaté est pourtant précipité vers une fin qui prend aux tripes et révolte. Une vieille femme déploie toute sa malice pour rester chez elle, dans un immeuble que des ouvriers préparent au dynamitage. Le scénario est ciselé. En quelques plans, une atmosphère très forte est plantée. Cette belle sensibilité place le film dans un trio de tête avec Run du Néo-zélandais Mark Albiston et Ver llover de la mexicaine Elisa Miller, seule femme de la sélection. The last 15 d'Antonio Campos (USA) a ses chances dans une filiation à Thomas Vinterberg ou encore The Oate's Valor de Tim Cahill (USA) pour son originalité formelle - mais un peu volontariste. Sur deux films d'animation, c'est le plus simple qui reste le plus efficace, Spegelbarn d’Erik Rosenlund (Suède) parvient à ses fins : nous replonger dans nos frayeurs enfantines. On a la chair de poule !

Trempette à Un certain regard
Ye che de Yinan Diao

Un certain regard est une compétition que j'affectionne particulièrement et dont j'aurais vu volontiers tous les films cette année. Pris au hasard le film chinois de Yinan Diao est très abouti. Une mise en scène maîtrisée, un sens du cadre bien aiguisé avec des hors champs souvent effrayants. Peut-être y a-t-il plus de personnages secondaires qu'il n'en faudrait mais leur présence n’est jamais anecdotique, elle dilue l'intrigue principale liée à une femme huissier dans une prison où sont incarcérées des condamnées de crimes passionnels dans un tableau plus vaste. Pour elle aussi, l'amour est synonyme de mort et c'est cette équation qui est mesurée tout au long de ce film qui ouvre grand la fenêtre sur la démesure d'une société dépassionnée. Un portrait de la Chine glacé et glaçant.

Où sont les Palmes ?

Pour son soixantième anniversaire, le Festival s'est "offert" Wong Kar Wai, David Fincher, les frères Coen, Gus van Sant, Quentin Tarantino, Bela Tarr, Alexander Sokurov, Emir Kusturica…Parions qu'il y aura trois têtes sur le podium de la palme : Les Coen et Alexander Sokurov, ça serait un beau cadeau !

Fabienne Aguado. ©2007 Mouveur

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