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Selon Jude Law, mot de la fin de la 32ème cérémonie des Césars, aller au cinéma est un acte " sexy ".

Cet élan empailleté, je veux bien le partager, de temps en temps, lorsque Jude Law est à l’écran par exemple, mais j’espère secrètement que ce qui est sexy c’est le dépassement de soi, celui qui advient par l’obscurité des salles, par le défilement des images sous l’autorité du regard de l’autre.

Le cinéma devant lequel j’aime à me retrouver n’existe pas. Tous les cinémas doivent avoir leur place pour, qu’au moins par hasard, chacun trouve ce qu’il n’attendait pas, ce qui lui permettra de se projeter plus loin, au-delà de lui-même.

L’un des derniers films que j’ai vu est de ceux là : Il va pleuvoir sur Conakry premier long métrage de Cheick Fantamady Camara (Guinée) a été projeté en avant-première au Musée Dapper avant de partir en compétition au Fespaco (Festival du cinéma panafricain de Ouagadougou – Burkina Faso) et de concourir pour l’Etalon de Yennenga.


© Crédit photos : Didier Bergounhoux

Il raconte un moment particulier de la vie de Bangali Bayo appelé BB (Bibi), 25 ans. Ce dernier est caricaturiste et vient de se faire engager par le journal " L'Horizon " où il signe incognito pour ne pas porter préjudice à la réputation de sa famille. Le père de BB est imam à la mosquée de Conakry. Il rêve de voir son fils lui succéder selon la prophétie de son propre père. Mais BB a d'autres ambitions : profiter de la vie et combattre certaines traditions qu'il juge dépassées et dangereuses.

 

Le film s’est donné l’ambition de traiter de nombreux sujets liés à la modernité en Afrique et il le fait sans concession, sans détours, utilisant le cinéma pour son pouvoir d’explorateur social et pour la force de son miroir. Les situations sont décrites dans le détail, les personnages évoluent pleinement dans leurs relations, la structure dramatique du film s’ancre dans la vie.

Voir ce film ici, c’est entrer dans la maison de son voisin, voir de quoi son quotidien et ses luttes sont faits. C’est apprendre de lui.

Pourtant, on peut se demander quelle place lui sera faite sur le grand échiquier de la distribution ? Quelle place face à un film communément " sexy " ?

Trop nombreux peut-être sont ceux qui prétendent anticiper le goût du public et peuvent user de forces économiques pour le satisfaire ? Leur sentiment de puissance va jusqu’à étouffer ceux qui défendent la culture et la pensée, enfin presque tous car, toujours lors de cette dernière cérémonie des Césars, on a pu se réjouir des nombreuses distinctions remises à Pascale Ferran, orfèvre de cet artisanat qu’est encore parfois le cinéma français.

Son film, adapté du roman Lady Chatterley de David Herbert Lawrence met en images l’indicible palpitation d’être au monde. Alors ? Le désir de la Lady, n’était-il pas suffisamment " sexy " ? Pourquoi alors le film, si remarqué par la critique, n’a-t-il pas rencontré son public ?

 

 

La réalisatrice, prenant à bras le corps ce moment de large audience, nous a quelque peu donné explication. Elle a pris son temps et nous a lu un texte qu'elle avait préparé afin de revenir d’abord sur le bien fondé du combat des intermittents du spectacle pour la sauvegarde de leur statut d'indemnisation et a déclaré que depuis des années, le " Medef s'acharne à mettre à mal ce statut. [...] Aujourd'hui, il y est presque arrivé. De réformes en nouveau protocole, il est arrivé à transformer un système mutualisé en système capitalisé ".

Et c’est effectivement bien là tout un système de valeurs qui est remis en question.

Pascale Ferran s’est ensuite imposé le délicat exercice de révéler un second indice du renversement de la quasi feu exception culturelle française. Elle a démontré, avec rigueur, comment l’articulation de la production évoluait en deux pôles divisés : le divertissement (toujours plus riche) et un cinéma d'auteur (paupérisé) et comment, entre les deux, une zone "moyenne" était tenue pour sinistrée. Les films qui, jusqu'à peu, permettait de maintenir exigence artistique et souci du public sont aujourd’hui délaissés. "Leurs auteurs, de Renoir à François Truffaut, de Jacques Becker à Alain Resnais, avaient la plus haute opinion des spectateurs à qui ils s'adressaient et la plus grande ambition pour l'art cinématographique. Ils avaient aussi, bon an mal an, les moyens financiers de leurs ambitions. Or, ce sont ces films-là que le système de financement actuel, et en premier lieu les chaînes de télévision, s'emploie très méthodiquement à faire disparaître."

Contre la tendance générale, la cinéaste en appela aux candidats à la présidentielle : "Il leur reste 55 jours pour oser prononcer le mot "culture"".

Mais, puisque l’on en croit le sous-titre du film, puisque " C’est le désir qui fait tourner le monde… ", il faut rester optimiste et ne pas craindre de préférer tous les cinémas au cinéma pour tous.

Cette semaine, par exemple : Jour après jour de Jean-Paul Fargier, Jewboy de Tony Krawitz, Nue propriété de Joachim Lafosse, Azul de Daniel Sánchez Arévalo, …

Fabienne Aguado. ©2007 Mouveur

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