Trop
nombreux peut-être sont ceux qui prétendent
anticiper le goût du public et peuvent user de forces
économiques pour le satisfaire ? Leur sentiment
de puissance va jusqu’à étouffer ceux
qui défendent la culture et la pensée, enfin
presque tous car, toujours lors de cette dernière
cérémonie des Césars, on a pu se réjouir
des nombreuses distinctions remises à Pascale Ferran,
orfèvre de cet artisanat qu’est encore parfois
le cinéma français.
Son film,
adapté du roman Lady Chatterley de David Herbert
Lawrence met en images l’indicible palpitation d’être
au monde. Alors ? Le désir de la Lady, n’était-il
pas suffisamment " sexy " ? Pourquoi
alors le film, si remarqué par la critique, n’a-t-il
pas rencontré son public ?

La réalisatrice,
prenant à bras le corps ce moment de large audience,
nous a quelque peu donné explication. Elle a pris
son temps et nous a lu un texte qu'elle avait préparé
afin de revenir d’abord sur le bien fondé du
combat des intermittents du spectacle pour la sauvegarde
de leur statut d'indemnisation et a déclaré
que depuis des années, le " Medef s'acharne
à mettre à mal ce statut. [...] Aujourd'hui,
il y est presque arrivé. De réformes en nouveau
protocole, il est arrivé à transformer un
système mutualisé en système capitalisé
".
Et c’est
effectivement bien là tout un système de valeurs
qui est remis en question.
Pascale Ferran
s’est ensuite imposé le délicat exercice
de révéler un second indice du renversement
de la quasi feu exception culturelle française. Elle
a démontré, avec rigueur, comment l’articulation
de la production évoluait en deux pôles divisés
: le divertissement (toujours plus riche) et un cinéma
d'auteur (paupérisé) et comment, entre les
deux, une zone "moyenne" était tenue pour
sinistrée. Les films qui, jusqu'à peu, permettait
de maintenir exigence artistique et souci du public sont
aujourd’hui délaissés. "Leurs auteurs,
de Renoir à François Truffaut, de Jacques
Becker à Alain Resnais, avaient la plus haute opinion
des spectateurs à qui ils s'adressaient et la plus
grande ambition pour l'art cinématographique. Ils
avaient aussi, bon an mal an, les moyens financiers de leurs
ambitions. Or, ce sont ces films-là que le système
de financement actuel, et en premier lieu les chaînes
de télévision, s'emploie très méthodiquement
à faire disparaître."
Contre la
tendance générale, la cinéaste en appela
aux candidats à la présidentielle : "Il
leur reste 55 jours pour oser prononcer le mot "culture"".
Mais, puisque
l’on en croit le sous-titre du film, puisque " C’est
le désir qui fait tourner le monde… ",
il faut rester optimiste et ne pas craindre de préférer
tous les cinémas au cinéma pour tous.
Cette semaine,
par exemple : Jour après jour de Jean-Paul
Fargier, Jewboy de Tony Krawitz, Nue propriété
de Joachim Lafosse, Azul de Daniel Sánchez
Arévalo, …
Fabienne
Aguado. ©2007 Mouveur
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